lundi 30 juillet 2007

Episode 1 - Il a cité Plastic Bertrand



Voici un compte-rendu des célébrations du 28eme anniversaire de la Révolution sandiniste le 19 juillet 2007, à Managua. Une révolution dont les promesses se font toujours attendre...

En voie de développement...dis cela au pousseux de voiturette! 15 juillet 2007

Après une semaine paradisiaque sur les plages du Nicaragua, il fallait bien revenir à la réalité, mon quotidien pour les prochains 6 mois. Direction Esteli, petite ville poussiéreuse de 100-mille habitants aux abords de la Panaméricaine, la 401 de l'Amérique centrale.

Je saute dans un autobus voyageur et voilà que des souvenir de mes quelques mois au Pérou me reviennent. Pour ceux qui ont voyagé en terre tiermondiste (je sais que les universitaires parlent de pays en voie de développement...mais bon, c'est le Nicaragua, le deuxième pays le plus pauvre de la région après Haïti..on est loin malheureusement du développement, vous verrez), vous vous souviendrez des autobus plus communément appelés "Chicken bus". Ils portent bien leur nom parce que les poules, poussins et coqs vivants sont bienvenidos dans ces véhicules. Et pour les normes de sécurité, on repassera. Les allées sont bondées de monde assis sur des petits tabourets en plastique. En faisant une petite recherche, la capacité maximale d'un autocar est de 60 personnes. Petit calcul mental donc: l'autobus est partagé en deux... 30 personnes de chaque côté, donc 15 rangées de profondeur...ça fait donc 15 personnes de plus dans l'allée centrale mais cela est un minimum parce que le chauffeur accepte aussi des personnes debout! Bref, on est tassé comme des poulets en cage!

Sans parler de la musique qui joue à tue-tête...Ma musique inaugurale est "September morn" de Neil Diamond. Vive la mondialisation . Je m'attends à entendre ensuite Barry Manilow, mais non, le chauffeur démarre un dvd. Le comble de la déception: deux heures à écouter et regarder les plus grands succès de la Madonna cubaine qui se croit toujours à l'époque du film des années 80 "Who's that girl" (voir http://www.amazon.com/Best-Marisela/dp/B0002OOU96) Je vous épargne les détails visuels: décor du studio et les innombrables robes en dentelles et les énormes boucles d'oreilles en plastique!

Je tourne donc mon regard vers la fenêtre. A l'horizon, un paysage montagneux verdoyant. Mais le long des routes, des amoncellements de déchets. Les passagers tirent tout par les fenêtres de leur véhicule...Et tout est enveloppé dans des petits sacs en plastique. Oublié ce mouvement de masse pour bannir les sacs en plastique. Non non, on me fait les yeux très rond ici avec mon sac d'épicerie en tissu. Je continue à regarder la fenêtre mais je fixe mon regard sur les passants: à quoi pensent les fermiers dans leurs champs, quelles sont les préoccupations des femmes assises au portique de leurs maisons, quelles sont les ambitions des enfants qui déambulent dans les rues...Quelle est leur destin? De bien grandes questions qui resteront sans réponses mais pour l'instant, ma destination était Esteli.

Deux heures plus tard, j'arrive à bon port. Sans trop de retard, c'est déjà bien parti. Mes premières impressions de la ville: je débarque dans un film western spaghetti. La pièce d'Ennio Moricone du "Bon, la brute et le truand" aurait bien pu être en sourdine...C'est un vrai "Frontier town" des temps modernes, genre un Brossard des pauvres, avec son boulevard Taschereau et ces centres commerciaux à perte de vue. Les rues sont en pierre, le nuage de poussière est permanent et les hommes portent le chapeau de cowboy. Mais qui a fondé une ville ici, au beau milieu de nul part ?

Une semaine est passée et Esteli (comme on dit si bien en anglais) is growing on me. La vieille dame à qui j'achète mon journal tous les matins est souriante et sympathique. Elle me fait un petit résumé dans grands titres. Mon voisin Humbedo est mon fournisseur de mangues et me donne des conseils de sécurité: "Ne réponds pas à la porte sans que la grille soit bien verrouillée". Et au hasard des rues, j'ai découverts de belles fresques révolutionnaires. Je vous rappelle que Esteli est un bastion de la révolution sandiniste. Cette riche histoire, j'en ai eu un avant goût hier soir quand je suis allée au Ricon Légal, un bar et-ou musée de la Révolution. Imaginez, le Ricon a rouvert ses portes récemment à cause de l'intervention de Daniel Ortega, le président lui-même en visite à Esteli. J'y ai entendu un groupe "en vivo" qui jouait des musiques révolutionnaires, certaines étaient des lamentations du combattant, d'autres des marches militaires. De jeunes musiciens dans la vingtaine gardent cette tradition en vie. Inspirant.

Malgré ces quelques notes de nostalgie, la pauvreté frappe à tous les coins de rue. Une des images les plus frappante est la suivante: la version nicaragueenne du photographe professionnel au magasin SEARS, c'est-à-dire le pousseux de voiturette dans le parc central de la ville. Je m'explique: pour quelques cordobas, vous pouvez faire prendre votre petit enfant en photo sur une voiturette motorisée...Bien souvent, le petit véhicule ne fonctionne pas. La batterie est à plat, j'imagine...Et le photographe laisse tomber la prise de photo et pousse plutôt le véhicule "a mano". Donc un homme d'âge mur, caméra à son coup , avec étiquette "photographe professionnal" à sa manche gagne sa vie à pousser des enfants sur une voiturette . En fait, il ne peut pas gagner sa vie ainsi. C'est le sous-emploi à son paroxisme: ils sont plus de 10 à offrir le même service dans le même parc à une population qui n'arrive pas à se nourrir adéquatement!

Drames humains, paradoxes. Voilà une partie de mon quotidien. Je souhaite ne jamais m'accutumer à cette pauvreté ambiante. Je veux rester choquée et touchée, conserver ma curiosité et cette fraîcheur des lieux qui sont loin d'être communs.

A la proxima semana...

En terre sandiniste - 9 juillet 2007

Bonjour à tous,

Je suis belle et bien arrivée au Nicaragua. Une semaine est déjà passée et c'est aujourd'hui ma première journée seule à la maison. Yanik est au bureau, mais il vient prendre le déjeuner. Femme de maison, pour les 6 prochains mois? Non, pas du tout, j'ai déjà une idée de documentaire en tête pour dans 2 semaines: la faim au Nicaragua. C'est un concours ouvert aux réalisateurs étrangers...je veux faire une version tiersmondiste de "Supersize me"...c'est-à-dire aller vivre dans une famille dans la campagne et vivre et surtout manger comme eux...le titre: Undersize me (respectez les droits d'auteurs svp).

Bon, bon, de retour au grand voyage. Je suis donc partie de Montréal, le vendredi 29. Mon vol entre Miami et Managua est arrivé 2 heures en retard! Ah, c'est le tiers monde même si je volais avec American Airlines. Tous les vols en direction d'un pays de l'Amérique centrale étaient en retard ce jour là. Nommez-les tous: Haïti, Porto Rico, Costa Rica, Honduras, etc. On était tous dans la même section de l'aéroport à attendre. L'immersion en espagnol allait commencer déjà et c'était tant mieux!

Donc, 2 heures de plus à patienter pour les fameuses retrouvailles...Imaginez, une fenêtre entre Yanik et moi nous séparait pendant que j'attendais mes baggages. On avait l'air de petits chiots qui attendaient d'être adoptés à l'animalerie! Un sac à dos manque à l'appel. On s'en fout, je saute dans les bras de Yanik! Peine à croire que nous sommes bien là tous les deux, on se regarde droit dans les yeux et on se resserre encore. On s'est étouffé mutuellement pendant quelques secondes.

Après avoir repris notre souffle, j'apprends que nous avons manqué notre vol pour aller à Corn island, petite île paradisiaque ou nous allions passer notre première semaine ensemble. Au menu: hammacs, palmiers, rhum au lait de coco, plongée en apnée, quelques joutes de dominos avec les locaux de la place, poissons et langoustes fraîches! Mium!

Une semaine donc pour nous acclimater à l'un et l'autre. De son côté, Yanik retrouverait un peu de confort (parce que ou nous restons présentement, la ville d'Esteli, c'est plutôt rustique) et moi, j'aurais la chance d'apprivoiser ce nouveau pays qui sera le mien pour les 6 prochains mois!

C'est aujourd'hui lundi, comme je l'écrivais ci-haut. Yanik est au boulot et ma routine commence. Je vis donc à Esteli, une ville au nord des montagnes, terre de la rébellion sandiniste (n'ayez craintes, la révolution est terminée depuis 1990 même si les Sandinistes sont revenus au pouvoir depuis janvier 2007). Donc Esteli, petite ville poussiéreuse sur le bord de la Panaméricaine, la 401 de l'Amérique centrale, à deux heures de la capitale, Managua. Je passerai les prochaines journées à me documenter sur la faim et la sous-alimentation du pays en prévision de mon doc.

Je vous fais parvenir des photos de cette semaine un peu sous le thème de l'émission télévisée Lost...Oui, oui, Yanik et moi dormions dans cette petite cabane en bois!

Portez-vous bien

Catherine-Amélie
en terre sandiniste, enfin !